Enfin le voici arrivé ce jour où, de façon impromptue, j’allais vivre mon premier salon hi-fi! Je reste cloîtré derrière l’écran toute la semaine, et là, à une bonne heure de route de chez moi se déroulait un véritable salon high-end avec quelque petites choses qui attiraient toute ma curiosité et de grands classiques que j’allais découvrir enfin en vrai. C’est donc en quelque sorte mon baptème du feu en la matière.
Ce salon, c’est le Monaco Audio/Vidéo Show 2010
C’est un salon plutôt professionnel mais aussi autorisé au public, gratuit et qui se déroule les 30 et 31 0ctobre et le lundi 1er Novembre 2010 à l’hôtel Fairmont de Monte Carlo. Je pensais y aller accompagné de mon associé Simon malheureusement cloîtré lui aussi ce jour-là, mais pour un problème de clef, dommage. Tant pis pour lui, il m’avait un rien donné l’eau à la bouche en m’envoyant une photo d’une écoute la veille sur les Avantgarde Duo Mezzo ! Partager un tel moment eut été des plus instructif mais ça n’est que partie remise.
Arrivé sur place mon autre associé et ami, Emmanuel, était déjà dans les murs discutant à son aise chez Focal! J’en étais très heureux et entrais.
Après un parcours sous une pluie diluvienne entre l’autoroute montagneuse de Nice et les tunnels monégasques, une petite ascension pédestre vers l’hôtel toujours sous une pluie battante et bruyante, j’entrais dans l’immense lobby de l’hôtel. Une hôtesse me renseignait sur la localisation du salon au premier sous-sol, mais aux chambres avec vue sur une méditerranée totalement déchaînée.
J’arrive à l’étage et d’un coup, me saute aux yeux le cliché des salons vus sur le net avec ces démonstrations faites dans les chambres d’hôtel. Je ne savais quel genre de sensation cela pouvait me procurer, mais pour quelqu’un qui apprécie l’espace, je me sentais un peu comme dans un couloir résultat d’un mixage entre l’Orient Express et la Croisière s’amuse.
Un fois le badge préparé par l’hôtesse passé autour du coup, je devenais un visiteur. J’étais face à deux couloirs, une patte d’oie, un début de road movie sur quelques centaines de mètres carrés. Une parodie intimiste de la légende de Cross Roads, un moment qui aurait relevé de l’acte chamanique si j’avais eu un Kid Loco dans les oreilles.
J’arrive un peu entre deux heures (13h30). Nos partenaires et amis de chez Triangle m’accueillent cordialement en se préparant à aller déjeuner. Guillaume me glisse que les fonds d’écran que lui ai fait sur la série Color sont un peu too-much pour la marque 
Convaincu du contraire, je lui en prépare d’autres visibles dans mes photos Facebook, n’hésitez pas à les commenter, je leur en ferais un retour.
Nous échangeons donc quelques paroles, puis me revoilà plongé dans ce couloir rythmé par des kakemonos aux enseignes des exposants. Un moment de solitude propre aux timides, et au détour d’une porte je retrouve l’ami Manu. C’est assez impressionnant de se retrouver dans ces petites pièces, une douzaine de mètres carrés, face à des gens qui ont une expérience et un savoir-faire qui n’est autre qu’encyclopédique. J’écoute très attentivement tous les discours mais j’ai hâte de faire une écoute. Manu et moi sortons, et je lui dis que le stand Avantgarde est à quelques portes. Nous y allons. Il est fatigué, assez éteint, je suis fort intimidé, à la fois impatient et géné. On entre.
Ma première écoute, Les Avantgarde Duo Omega drivées par le Model Three…
L’accueil est chaleureux et enthousiasmant. La barrière de la langue se fait un peu sentir mais le sourire du représentant de la marque exhibait pour lui tout l’amour qu’il lui porte. Nous évoquons l’anecdote sur l’engagement du créateur d’Avantgarde suite à une écoute des Pink Floyd sur une enceinte à pavillon, sourions et choisissons ce groupe pour démarrer. On part sur The Wall que j’apprécie peu, mais là, c’est la baffe…

Les Avantgarde Duo Omega sont transparentes, claires, précises, à la fois physiques et douces, un pur bonheur. Elles sont d’une précision rare pourtant trop cloisonnées dans cette petite pièce, mais elles s’expriment, belles et généreuses. C’est ça, elles sont généreuses. Bien que cette finition ne soit pas ma tasse de thé (j’opterais pour un pavillon rouge et un placage bois en façade), elles en jettent ne serait-ce que par leur architecture. Elle montrent ce qu’elles font et l’ensemble représente « ma perfection » dans ce domaine. Peut-être un jour aurais-je l’occasion d’écouter le Trio Classico & Basshorn…
En attendant, les Duo Omega sont présentées en compagnie du fabuleux amplificateur intégré, le Model Three, qui drive l’ensemble avec une pureté audible muni de ses 2 X 1watt en pure classe A. Il est magnifique, d’une finition massive et solide purement allemande, d’un design néo rétro sans compromis et épuré à l’extrême qui va à l’essentiel et qui me va droit au cœur. Il est d’une beauté rare aussi pour ce type d’appareil. Le lecteur CD-SACD est un Audio Aero LaSource Prestige, très imposant et tout aussi musical.
Puis arrive un moment que je n’attendais pas, ou plus, déjà comblé par l’expérience. On me demande si je souhaite écouter quelque chose de particulier, si j’ai apporté un disque même ? J’en frémis. Oui j’ai bien pris quelques disques à la va vite mais lequel puis-je mettre? C’est comme si on me demandait de donner en 10 secondes le livre que je prendrais sur un île déserte où je resterais à vie. Je tente un truc, sans aucun doute peu commun pour notre hôte, Armin Krauss en personne. Je lui tend l’album Noise de Archive. Comme son nom l’indique, il est très noisy et je risque l’évacuation de la pièce !
Notre hôte me fait confiance, il enfourne le CD dans le lecteur, on me propose la place centrale avant, ça démarre. C’est majestueux. On sent une réelle montée en puissance. Cette montée est longue et l’auditoire semble apprécier cette découverte musicale. Jusqu’à un point que je ressens avec plaisir. Au fil du morceau tous les potards semblent être un peu poussés, je ne l’avais jamais entendu ainsi. Je ne sais si les Avantgarde sont trop précises, si l’ingénieur du son entré en transe pendant le mastering s’est affolé sur les boutons de volume des pistes ou si le titre de l’album a été scientifiquement mérité mais le son craquait quand même bien à la fin brutale du morceau. On entendait presque un jack mal bidouillé derrière un son indus d’une présence presque insupportable. J’étais extrêmement proche de ce que j’avais ressenti pendant un concert d’Archive au Zénith de Paris, mais dans 12 mètres carrés. Un ange est passé. J’entends derrière moi, avec un accent allemand, une sorte de « woufff … ». Je me suis retourné souriant, et j’ai vu trois têtes figées, scotchées comme par le souffle d’un réacteur d’avion.
La piste 2, avec le fabuleux « Fuck U » démarre à son tour, d’une voix proche et légèrement éraillée à peine soutenue par des accords clairs de folk un peu lancinants. L’atmosphère s’appesait, des gens entraient pour une écoute, je baissais le volume. Le meilleur est qu’ils étaient parfaitement satisfaits de m’avoir autorisé ce plaisir et j’ai vu là l’un des fondements culturel de la marque Avantgarde. Se faire plaisir en faisant plaisir. C’est généreux, tout comme l’est leur matériel. Je serais extrêmement fier de pouvoir un jour proposer à des amateurs ce matériel bien à part.
Et chez Avantgarde, tout est vraiment exceptionnel, tant les moments qu’ils nous font vivre avec leur matériel extraordinaire que ceux qui nous restent après cette petite visite planant entre la dimension vécue et la perception de sa mémoire. La musique est bien ici le maître mot sachant rester subjective. Un consensus évident plane dans cette pièce sur le bienfait du pavillon et de ses résultats sur les systèmes élaborés par Avantgarde. Des sourires et remerciements sont échangés, je repars un peu plus humble encore et follement enjoué. J’ai écouté mes premières Avantgarde. J’en ai oublié le magnifique prospectus, récompensé d’un Red Dot Design Award…
Pour découvrir Avantgarde plus en détail dans leur philosophie, je vous recommande vivement le visionnage de ce petit film qu’ils ont réalisé avec soin et honnêteté :
> Voir le film
L’Utopia Maestro et l’ampli Devialet D-Premier.
C’est là notre seconde écoute. Ces Utopia sont imposantes et élancées, relativement viriles et massives. L’ampli Devialet disparait reflétant à la perfection la petite pièce d’écoute comme camouflé par sa classe discrète. Le disque de démo à base de percussions du Djembé lourd et profond aux Tablas rondes et aigües est lancé. C’est impressionnant de clarté mais un élément nous gène ou nous surprend pendant l’écoute. Nous n’aurions jamais remis en cause la qualité de ces enceintes ni du superbe Devialet. La pièce était réellement trop petite pour le système présentait et renvoyait un nuage de basses fréquences vers le système en l’étouffant un peu. Nous avouons cette sensation à notre sympathique hôte, qui avoue son mal à sonororiser cet espace exigüe. Le Devialet est fin mais puissant et les Maestro sont sacrément puissantes.
J’aurais vraiment aimé les découvrir en bonne condition un jour car elles en imposent aussi dans leur genre. Le peu que j’en ai eu aux oreilles m’a envouté. En revanche ce fut une excellente visite car notre hôte, Manuel de la Fuente, n’était autre que l’un des concepteurs du D-Premier et nous avons donc pu le féliciter chaleureusement pour cette œuvre emprunte de grâce. Je lui évoquais mon respect pour la philosophie de l’écoute de David Blecher car c’est par son site que j’ai découvert l’entrée en scène prometteuse de cet appareil. Je n’en ai aucunement été déçu. Il est assez saisissant en vrai. Un écrin bijou pour le son, unique. Il incarne un renouveau d’un certain savoir-faire « à la française », moderne et capable de la plus grande innovation, pour le simple plaisir de nos sens. Je garde un souvenir précieux de l’évocation de la problématique du « gros bouton » indispensable sur tout ampli et verrait en cela une belle façon d’envisager la problématique de la restitution sonore.
Et un parfum de Eames et de curiosité se fit sentir quand j’entrevis les Davone Ray.
J’en avais fait l’article dès la présentation car elle incarne le savoir faire artisanal très créatif de nos amis du Nord. Elle est superbe, à une échelle raisonnable qui ferait presque douter de ses capacités. Elle attire l’œil de toutes façons comme un aimant. La Ray de Davone arrive sur le marché avec un capital sympathie évident et un sacré caractère.
Sacré caractère aussi que celui de Didier notre hôte dans cette pièce dédiée à Dynamic Home Cinema, son entreprise, certifiée THX 2. Et ça s’entend ! En entrant on se serait cru au Gaumont dans une grande salle toute en numérique. Balaise. Je ne suis pas fan de Home-Cinéma mais là, j’ai été impressionné par l’homme, ses compétences et son dynamisme. Je lui disais que j’étais entré attiré par les Ray. Il a paru surpris et on a un peu échangé sur le sujet.
Mon associé Simon, passé la veille, m’avait l’air fort déçu par les Rythm. J’ai tout de suite vu que les conditions n’étaient pas du tout correctes mais à mon tour je me lance tel un kamikaze. On attend quelques réglages et autres branchements. Et là, elles partent. Une anarchie de morceaux leur déferle sur la tronche façon karaoké, des gens entrent, ressortent, c’est à la bonne franquette!
Et bien Emmanuel et moi-même avons été très agréablement surpris. Elles envoient et en supportent les bougresses. Malgré leur taille elles en imposent avec une certaine ténacité et ne sont pas dépourvues de bonnes basses fréquences non plus. Elles nous ont fait oublier l’environnement proche ces petites enceintes. Vues les conditions de crash test voici encore une écoute qui nous autant surpris que ravis. Il faudrait les ré écouter dans un bon auditorium pour en connaître vraiment les possibilités mais elle sont de toute façon étonnantes et très alternatives à l’offre très classique de ce segment. Un grand merci à Didier pour son accueil et son super lounge chair de 1956. Cette rencontre fut exigüe mais fort agréable.
On termine chez Cabasse avec la Pacific 3 SA et la Riga accompagnée du Caisson Santorin 30
Nous sommes accueillis avec beaucoup de sobriété et une avalanche de passion évidente pour le matériel qui va nous être proposé. On nous expose les imposantes nouvelles colonnes semi-actives de chez Cabasse, les Pacific 3 SA. Je trouve personnellement le design en vague trop complexe, la colonne est imposante sans être sculpturale. L’amplification à lampe a en revanche attiré mon œil/oreille.
Nous nous asseyons et l’écoute démarre jazz. C’est très classique, elle sont musicales mais un peu lourdes. Nous revivons le syndrome de l’écoute Focal, la pièce était sous dimensionnée et acceptait encore mal les basses fréquences. Après l’écoute, j’évoquais mes sensations et penser détecter un manque de spontanéité. D’accord avec nous et sachant en plus pourquoi, ce charmant monsieur s’empressait de nous brancher les Riga, majestueusement posées sur leurs socles en fins delta. Je les ai toujours appréciées visuellement mais n’en avait pas entendu vraiment du bien. J’expliquais que ça sonnait comme une caisse, pensant à la pièce bien sûr. Notre hôte nous montra donc que les Riga étaient une sorte de Pacific décaissée, qu’il y avait œuvré depuis longue date et qu’il nous proposait une toute autre écoute avec un immense sourire…

Il branche donc les Riga, allume le caisson de basses Santorin 30 et nous envoie un disque de percussions japonaises. A la troisième note nos genoux se mirent à trembler et, paradoxalement, sans la gène lourde et physique de gros home-cinémas. C’était agréable et la source était difficilement localisable. Le son semblait réellement se re transposer dans le volume même de la chambre aidé par le réglage acoustique de la pièce en temps réel du caisson. Pas trop attiré par cette technologie, j’avoue avoir été totalement bluffé par le résultat. J’ai rarement entendu un ensemble aussi précis et spontané encore moins de cette taille. C’est une superbe pièce audiophile au design alternatif pour certains fort logique, et à mes oreilles efficace et transparent.
Ce fut donc une très belle écoute, fort bien accompagnée et très instructive et une bien belle surprise pour finir cette après-midi de salon, mon premier salon high-end. Vivement le prochain !