Good bye Dennis, hope is still alive.

C’est avec une émotion certaine que j’appris cette semaine le décès de cet immense bonhomme qu’était Dennis Hopper. Amoureux de cinéma et de toutes ces choses de la contre-culture américaine qui sont les bases inébranlables de toute liberté intellectuelle, Dennis Hopper en est pour moi une icône.

Son plus grand succès en tant que réalisateur mais aussi acteur sortit l’année de ma naissance et semble m’avoir influencé à vie. En cette année 1969 cet indien exotique et sensible était récompensé au festival de Cannes pour son film Easy Rider, antithèse du système hollywoodien inspirée des récits de Jack Kerouac et remettant en question à la fois dans la forme et le fond les règles de pseudo liberté d’une nation devenue « malade » comme un visionnaire lucide de ses évolutions à venir.

Comment passer à côté de celui qui s’illustra aux côtés de James Dean dans « La Fureur de Vivre » puis « Géant », qui initia une nouvelle forme de cinéma dit indépendant allant dans le sens de la rupture de la jeunesse américaine opposée à la société de consommation, à la guerre impérialiste et en quête d’une assise intellectuelle ouverte totalement inexistante dans un pays faussement démocratique? De nombreux réalisateurs suivirent les traces de cet éclaireur comme Michael Cimino, Jerry Schatzberg, ou encore Francis Ford Coppola.

Ce poète, politicien au sens noble, était avant tout un être d’une sensibilité hors norme qu’il traduisait à merveille par une autre de ses passions la photographie. C’est d’ailleurs dans l’un des films majeurs de Francis Ford Coppola qu’il incarna un photographe halluciné ultra sensible dans un rôle presque non-composé de photographe de guerre.
Son amour de la photographie lui valu sur les tournages le surnom de « the tourist » car il était toujours muni d’une batterie d’appareils, faisant tour à tour des photos de tournage, des portraits d’amis comédiens ou réalisateurs, d’artistes… L’éditeur Taschen a d’ailleurs consacré un album très intéressant sur ses travaux.

Ses amitiés artistiques avec des Rauschenberg, Lichtenstein, Warhol, Duchamps ou encore JM. Basquiat l’ont fortement sensibilisé aux mutations de la société et l’amenèrent à réaliser des œuvres visionnaires comme « Colors » en 1988 qui fut l’un des premiers films du cinéma dit de Ghetto.

Sa disparition est une nouvelle fois celle d’une icône rebelle, pilier de la contre-culture US, et d’un acteur qui restera à mon sens l’un des plus « rock’n roll » de Hollywood.

Tout un chacun pourra faire perdurer cet esprit libre en écoutant sans retenue l’une des plus révolutionnaires bandes originales de films,  à savoir celle de Easy Rider décidément initiateur de tant de nouveautés cinématographiques.
Easy Rider est en effet le premier film dont la musique n’est pas conçue spécifiquement comme une bande originale. Dennis Hopper choisit tout simplement certains titres dont il tombe amoureux en écoutant la radio durant la réalisation du film. Et bien entendu, à la fin des années 60, les ondes sont remplies de ce qu’on considère aujourd’hui comme des grands classiques du rock, mais pas seulement! Les titres les moins fameux sont ici les plus extrêmes ou tendancieux, n’en témoigne ce jubilatoire « Don’t Bogart Me » signé The Fraternity of a Man, country-rock très explicite (« Don’t bogart that joint, my friend/Pass it over to me »), ce rock folklorico-psychédélique totalement défoncé des Holy Modal Rounders (« If You Want to Be a Bird »), ou encore ce rock psychédélico-grégorien envoutant des Electric Prunes (« Kyrie Eleison/Mardi Gras »).

Pour le reste, il s’agit d’éternels et indémodables classiques. Le magnifique « The Weight » n’est malheureusement pas interprété par The Band (leur maison de disque accepte pour le film mais pas pour le disque…) mais par un groupe obscur nommé Smith dont la version n’est pas si catastrophique qu’on le prétend. « Wasn’t Born to Follow » (composé par Carole King) interprété de façon sublime par les Byrds (album The Notorious Byrd Brothers) accompagne à merveille l’escapade bucolique des deux héros avec les deux gentilles hippies. Pour la face plus musclée de l’époque, Hopper choisi judicieusement le puissant et groovy « If 6 Were 9″ d’Hendrix (album Axis: Bold as Love) ainsi que deux titres du premier album éponyme de Steppenwolf : le mythique pionnier du metal « Born to Be Wild » et le plus laid-back « The Pusher ». Hopper souhaite initialement placer le génial « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » de Bob Dylan à la toute fin du film, mais ce dernier refuse. Souhaitant tout de même participer, il écrit alors des paroles qu’il confie à Hopper en lui demandant de les transmettre a Roger McGuinn pour composer la musique. Ce titre nommé « The Ballad of Easy Rider » clôt admirablement le film avec ce ton tragique mais absolument pas désespéré. Hopper réussit tout de même par ailleurs à insérer une version de « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » excellemment interprétée par ce même Roger McGuinn.

La bande originale d’Easy Rider est donc une merveilleuse « time capsule » comme le dit lui-même Dennis Hopper.

Elle concentre l’esprit musical d’une époque à travers des titres emblématiques et mythiques de l’histoire du rock. Pour la petite histoire, c’est initialement Crosby, Stills & Nash qui sont chargés de composer une bande originale. L’avortement du projet est expliqué différemment par Hopper et Fonda. Le premier affirme avoir saboté le projet, prétextant qu’un groupe voyageant en limousine ne pouvait comprendre son film et proférant alors des menaces à l’encontre du trio. Le second prétend que c’est Crosby, Stills & Nash eux même qui se sont découragés lors de la vision du film, Stills affirmant notamment qu’ils ne pourraient jamais faire mieux que cette sélection de titres

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