EAMES Lounge Chair and Ottoman… what else ?

Il y a quelques mois je tombais sur un article qui m’amusait, m’intriguait et me rassurait à la fois. C’était dans le magazine Tone Audio, the e-journal of analog and digital sound (N°5 – 2006) et la couverture arborait un magnifique Lounge Chair et Ottoman de Charles et Ray Eames en cuir noir et coques plaquées Palissandre. En gros je lisais, traduit de l’anglais: « Et vous, dans quel siège vous posez-vous pour faire vos écoutes ? ».

En voilà une bien belle question à poser à un audiophile. Car finalement c’est bien beau d’avoir la plus belle installation du monde, les matériels les plus performants, l’optimisation la plus folle, mais s’il s’agit de terminer les fesses dans le canapé en tissus fleuri de la reine d’Angleterre, non merci. On aura beau dire, la musique ce sera quand même toujours aussi une histoire de style.

Lounge Chair et Ottoman, le vrai ?

Alors parti dans mes multiples quêtes de savoir quasi hédoniste mélées à une envie profonde d’acquérir des biens utilisables, abordables et durables, la voie vers les grands classiques du design s’ouvrait à moi sans que je ne m’en rende tout à fait compte. Google commençait alors à chauffer avec cette nouvelle salve de mots-clefs : lounge chair, lounge chair and ottoman, eames, charles and ray eames, charles eames, original eames, plywood, santos palissander, walnut lounge,…

Le premier à ressortir dans les résultats du fameux moteur de recherche était Vitra localisation oblige, l’éditeur Allemand de mobilier contemporain et qui proposait une version plutôt séduisante de l’ensemble en noyer blanchi, cuir ivoire et mécaniques polies. L’élégance et la légèreté de cet ensemble me séduisaient immédiatement au point que j’étais suffisamment curieux pour aller jusqu’à en chercher le prix ainsi qu’un revendeur proche de chez moi. Fort heureusement cela n’était que de la curiosité car lorsque le devis est arrivé, les bras m’en sont tombés ! Disons sobrement que celui-ci correspondait au prix d’une petite voiture neuve avec l’offre de reprise gouvernementale, quoique…

Frustration aidant je désirais en savoir plus, non pas nécessairement pour en faire l’acquisition mais au moins pour maîtriser le sujet. Et c’est à ce moment que les résultats successifs qui s’affichaient laissaient un énorme doute s’immiscer en moi.
Pourquoi ce prix exhorbitant ? Chez qui trouve-t-on l’original ? Pour quoi une telle différence de prix d’un éditeur à l’autre ? Combien y-a-t-il de « vrais » éditeurs ? Que penser de toutes ces pseudos boutiques design qui proposent un produit dont les photos sont visiblement glanées sur les différents sites « pseudo-officiels » ? Bref, noyé dans une jungle de non informations je me lançais en quête de la source.

Et finalement, y-a-t-il vraiment un « original » ?

Quand j’ai vu les tarifs pratiqués par Vitra je me disais aussitôt que nous étions bien loin de l’esprit insufflé par le couple Charles et Ray Eames. Ceux-ci avaient par ailleurs développés un point de vue critique sur ceux qui pourraient fabriquer leur œuvre à l’avenir et donc la reproduire. La reproduire ? Sera-ce alors un original ou une reproduction ?
A vrai dire nous tombons malencontreusement dans une véritable bataille juridique entre ayants droits essayant de récolter le bénéfice maximum des créations de leurs ancêtres.

Certes les deux circuits officiels que sont Herman Miller pour le continent Américain et l’Asie et Vitra pour l’Europe restent des partenaires/mécènes historiques du couple d’artistes et revendiquent à juste titre une étroite collaboration avec le Eames Office de Venice en Californie dont le petit fils Eames Demetrios a la charge.

Mais quid de l’œuvre qui tombe dans le domaine public après 50 ans d’appartenance fidèle à son auteur ? Et finalement est-ce que ces « pseudos originaux » contractuellement définis comme tels et pour certains produits en Chine respectent bien l’esprit de leurs auteurs. Je me le demande en constatant avec tristesse que le Eames Office, aujourd’hui, ne produit pas grand chose de plus si ça n’est une collection de mugs et autres postcards pour touristes ou fétichistes de passage, et que Vitra fort de ses études ergonomiques des marchés modifie les proportions mêmes du Lounge Chair de 1956 sous prétexte que la population a grandi en moyenne de 10 cm… Le Eames Office récolte donc son usufruit et la tradition du collage, pour ne pas dire bricolage qui y était reine disparait.

L’esprit et l’artisan, une philosophie du design.

Selon ce couple atypique, le leitmotiv de leur travail d’artistes était avant toute chose de « créer un monde meilleur ». Ce fut la démarche constante de Charles depuis l’avalanche de prix initiée par ses travaux avec Eero Saarinen lorsqu’ils produisirent les premières pièces de design collectionnées par le MOMA au début des années 1940, jusqu’à sa collaboration éternellement fidèle avec Ray, de la création de prothèses souples et confortables pour les grands blessés de la guerre du Pacifique à leur travaux d’architecture idéale ou de cinéma documentaire aux résultats proches du journalisme gonzo.

Car créer un monde meilleur est une chose mais encore fallait-il pour eux qu’il y ait un « intérêt ludique à résoudre des problématiques » et que les solutions apportées soient réellement des améliorations tangibles et accessibles pour la vie de chacun. Ainsi ce fameux ensemble Lounge Chair et Ottoman dont la version finale et définitive de 1956 fut parachevée pour l’anniversaire de leur ami réalisateur Billy Wilder se composait-il comme un simple jeu de construction de quelques pièces avec pour unique but de réduire au maximum les temps et les coûts de production. Il s’agissait donc bien d’adjoindre une fonction à une forme et de la rendre facilement industrialisable, ce qui revient en d’autres termes à citer la définition du mot « design ».

Cette pièce majestueuse de l’histoire du design a donc été conçue dans le but initial d’offrir un confort populaire et accessible via une production de masse. Nous sommes donc ici loin des stands somptueux et luxueux comme nous en a encore gratifié Vitra en cette année 2010 au salon du design de Milan. A la découverte de ce stand nous sommes loin de ces idées de collages et d’expérimentations bricoleuses qui ont fait l’identité si particulière du Eames Office du début, genre de Factory de l’aménagement intérieur et du confort de vie pour tous, laboratoire primaire du confort moderne. Nous sommes loin de la proposition luxueuse sous laquelle se présente ce « désormais produit » qu’est le lounge chair alors transformé en outil d’apparat pour quelque snobinard en mal de reconnaissance sociale.

Lounge Chair, le refuge selon Eames…

C’est en tous cas ainsi que Charles et Ray Eames l’on conçu. Il ont souhaité le créer comme un refuge aux agressions du monde extérieur, comme une sorte de cocon douillet et totalement ergonomique prêt à recevoir le poids d’une dure journée de labeur, soutenant le corps en souplesse grâce à cette magnifique invention du bois moulé multiplis devenu à mon sens le meilleur ami du skateboarder moderne, les spécialistes comprendront. Alors que la culture lounge naissante des goldies voulait que l’hôte expose à ses invités les attributs de sa réussite sociale via quelques produits caractéristiques poétiquement dénoncés dans le fabuleux « Mon Oncle » de Jacques Tati, le Lounge Chair des Eames s’inscrivait dans la logique inverse d’une intimité respectée et d’un confort discret mais très récupérateur.

Continuité des travaux sur les prothèses, discours devenu cher à des designers stars comme Stark qui avaient dû bien retenir leur classiques et miser sur la mémoire de poisson rouge du grand public pour redéballer le concept, ce Lounge Chair de Eames est en quelque sorte une des premières pièce de ce que l’on nommera un peu plus tard la bionique, vous savez, l’homme qui valait 3 milliards !  Comme quoi, on peut en faire des choses avec quelques planches ! Et c’est en pensant à tout ça que finalement je me dis : « mais comme on doit être bien dedans pour écouter ses disques! »

Mon Lounge Chair ?

Et me re-voilà devant cette question existentielle folle, pourrais-je un jour l’avoir mon Lounge Chair, le mien ? Car après autant de recherches, sur ce fauteuil, son histoire, celle absolument sublime de son couple d’auteurs tout aussi attachants que respectables, je ne pouvais que devenir accro à cette « chose » qui devenait tellement rock’n roll que j’en étais prêt à faire au moins autant de choses pour l’acquérir que je n’en aurais fait à une certaine époque pour avoir ma première Vespa.

A vrai dire je répondrais d’entrée à cette question que OUI, car cet article a été démarré il y a pas mal de jours maintenant et qu’entre temps, j’ai pu mettre la main sur « l’artisan qui pouvait le réaliser dans l’esprit ».

Ce ne fut pas facile, l’enquête fut longue, les doutes nombreux mais après de longues heures sur internet, un échange de mails conséquent suivi d’appels téléphoniques avec un certain Giuseppe que je salue courtoisement au passage, l’envoi d’un beau catalogue et un échange de questions quant à des échantillons de bois et de divers cuirs italiens de grande qualité reçus par la poste sous enveloppe à bulles, je crois pouvoir dire que je l’ai trouvé cet artisan.

A ce jour le fauteuil et son ottoman sont à peine commandés et mis en production, et je dois attendre quatre bonnes semaines, mais dès réception je poserais ici des clichés détaillés du savoir faire de cet artisan. Car comme le disait Charles Eames, « il n’y a pas de détail. Le détail c’est ce qui fait le produit ». Je l’ai souhaité en palissandre pour avoir ce veinage originel de la création de 1956 mais teinté « noyer » car il va cotoyer mes Klipsch Heresy III elles-mêmes de teinte noyer. C’est pour mon petit côté esthète. Et puis cela le rend réellement plus doux que le flamboyant palissandre d’origine. Quand au cuir, un cuir bovin pleine fleur sans correction de grain pour optimiser sa durabilité dans le temps, d’une douceur certaine et d’une souplesse absolue, il devait être « ivoire » mais il m’est resté de cette enquête une dent contre la version actuelle de Vitra alors je l’ai choisi noir, comme l’original. Et avec des enfants de 18 mois qui sauteront dessus mieux vaut éviter les teintes claires!

Lounge Chair et Ottoman pour tous ?

Je pense maintenant que cela peut en effet s’envisager si ça n’est qu’il faut détourner avec astuce les réseaux officiels financièrement et juridiquement bridés, quel paradoxe vis à vis des auteurs , trouver « le bon artisan qui travaille dans l’esprit » et surtout la bonne entente avec celui-ci pour que vous trouviez en lui ce que les Eames ont pu trouver à leur époque chez des Evans ou Herman Miller de la première heure pour être sûr de la réalisation de leurs prototypes. Peut-être pourrais-je en faire profiter les lecteurs de cette page un jour, en tous les cas, j’y travaille ardemment. Pour la petite histoire, le tarif que me proposait le réseau français de Vitra était au moins trois à quatre fois supérieur à celui que m’a proposé cet artisan en question!

Galerie photos à venir pour le plaisir des yeux.

To be continued…

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